1 Shaktigor

Essayiste Politique Publique

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Caroline Fourest, née le à Aix-en-Provence, est une journaliste, essayiste et réalisatricefrançaise.

Figure intellectuelle médiatique depuis les années 2000, « polémiste redoutable et très controversée »[1], elle milite pour le féminisme, les droits des homosexuels et la laïcité et s'engage dans la lutte contre les intégrismes religieux catholiques, juifs et musulmans, l'antisémitisme et les extrémismes politiques.

Elle est également rédactrice en chef de la revue ProChoix.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est la compagne de Fiammetta Venner, avec qui elle a cosigné de nombreux textes[2].

Enfance, adolescence[modifier | modifier le code]

Caroline Fourest est née Caroline Guillemot[3] d'un père marchand de vin, et d'une mère antiquaire dont elle porte le nom de naissance. Elle a grandi dans « la bonne bourgeoisie provinciale »[4].

Études[modifier | modifier le code]

Après avoir étudié à Aix-en-Provence dans un collège privé catholique[4], Caroline Fourest s'installe à Paris avec sa mère à l'âge de 14 ans[4] après le divorce de ses parents. Elle découvre durant l'adolescence son homosexualité, ainsi qu'une conscience politique qui l'amène « à militer pour les droits des minorités ».

Diplômée en histoire et en sociologie de l'EHESS, elle est également titulaire d'un DESS de communication politique et sociale, obtenu à la Sorbonne. Elle y a étudié la communication de crise (réactions aux boycotts et aux rumeurs), à laquelle elle a consacré un livre, Face au boycott[5].

Journalisme et engagement[modifier | modifier le code]

Années 1991-2000[modifier | modifier le code]

Caroline Fourest débute dans le journalisme en 1994 par un stage à France 3. De 1995 à 1997, elle est journaliste au magazine Transfac, trimestriel distribué gratuitement aux étudiants, pour lequel travaille également Fiammetta Venner. Renvoyées car considérées comme trop militantes, les deux femmes se spécialisent sur « l’extrême droite catholique ». Caroline Fourest devient pigiste dans ce domaine à L'Événement du jeudi, puis au magazine à destination de la communauté gayTêtu et au magazine catholique de gauche Golias de 1996 à 2000.

En 1997, elle fonde la revue ProChoix avec Fiammetta Venner et Moruni Turlot. Éditée par l'association du même nom, cette revue s'est donné pour objet de « défendre les libertés individuelles contre toute idéologiedogmatique, liberticide, essentialiste, raciste ou intégriste. » Ses thèmes de prédilection sont la protection de la laïcité, les droits des femmes et des homosexuels[6]. Le nom ProChoix vient de l'anglais prochoice utilisé par les mouvements en faveur du droit à l'interruption volontaire de grossesse. La revue ne se limite cependant pas à la question de l'avortement.

En 1998, elle coécrit, avec Fiammetta Venner, Le Guide des sponsors du FN. Utilisant de nombreuses sources écrites (publications proches du Front national, documents officiels), le livre dresse la liste de nombreuses entreprises ayant financé ce parti. Il remet également en cause certaines enquêtes précédentes, par exemple concernant le boulanger Lionel Poilâne[7].

En 1999, elle publie, à nouveau avec Fiammetta Venner, Les Anti-PACS ou la dernière croisade homophobe, une enquête sur les mouvements anti-PaCS, leurs liens avec la droite catholique radicale, et Christine Boutin. En annexe, l'association ProChoix rend publique la liste des maires ayant signé la pétition contre le PaCS. Il s'avère que plus de 15 000 maires de France l'ont signée (soit 41 %), mais qu'elle n'a jamais été publiée. Cette pétition a directement conduit à ce que les PaCS ne soient pas signés en mairie (au même titre que le sont les mariages et les déclarations de concubinage)[8].

Elle préside le Centre gay et lesbien de Paris de mai 1999 à mars 2000 pendant le débat sur le PaCS.

En 2000, elle publie un livre aux éditions Golias, Foi contre choix : la droite religieuse et le mouvement pro-life, qui étudie la montée en puissance et l'inspiration « pro-vie » ou anti-avortement d'organisations chrétiennes et de leurs alliés du Parti républicain, actifs dans l'entourage de George W. Bush.

Années 2001-2010[modifier | modifier le code]

En 2003, elle coécrit Tirs croisés avec Fiammetta Venner[9] sur la « laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman ». Le livre ne porte pas sur la religion en tant que telle mais plutôt sur l'« intégrisme », que les auteurs définissent en introduction comme « l'emprise autoritaire, nécessairement politique, qu'exercent certains groupes sur la vie en société au nom de la religion »[10]. Le livre conclut que si l'intégrisme musulman est bien le plus virulent des trois intégrismes, « ce surcroît de nocivité n'a rien à voir avec la religion mais avec l'instrumentalisation de la religion »[11]. En l'occurrence, selon les auteurs, le phénomène serait dû au fait qu'un nombre élevé de pays à majorité musulmane ne sont pas réellement sécularisés[12].

Elle dénonce régulièrement l'extrême droite et l'intégrisme chrétien, qui comptent parmi ses principaux objets d'étude[13],[14]. Dans les années 2000, elle oriente également ses travaux sur l'intégrisme musulman : dans ce cadre, elle publie les livres Tirs croisés, la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman (2003)[14], Frère Tariq (2004) et La Tentation obscurantiste (2005). Dans ce dernier ouvrage, elle accuse une partie de la gauche de s'être rapprochée de la mouvance islamiste. Elle considère à ce titre qu'« il existe aujourd'hui, à gauche, de nouveaux « compagnons de route » pour trouver séduisante la dictature de la charia comme jadis la dictature du prolétariat »[15].

Dans Frère Tariq, Caroline Fourest se livre à une analyse des écrits et des propos de Tariq Ramadan, et conclut que ce dernier tient un « double discours », relativement libéral lorsqu'il s'exprime dans les médias et fondamentaliste et réactionnaire quand il s'exprime devant ses partisans musulmans. Tariq Ramadan affirme qu'elle multiplie les approximations, les erreurs historiques et les mensonges, tandis que d'autres vantent sa rigueur, lui attribuant d'avoir été la première à analyser toutes ses déclarations. L'ouvrage est salué par Bernard-Henri Lévy[16]. Catherine Coroller de Libération est moins laudative comparant l'essai aux « charges qui, par leur violence et leur parti pris, affaiblissent le propos de leurs auteurs »[17]. En 2008, Frère Tariq est édité aux États-Unis par la maison d'édition de David Horowitz, « Encounter Books », sous le titre « Brother Tariq. The doublespeak of Tariq Ramadan »[18]. En Angleterre le livre est édité par « Social Affairs Unit »[19].

En 2005, elle obtient avec Fiammetta Venner le prix national de la laïcité, remis par le Comité Laïcité République, une association présidée par l'ancien Grand-Maître du Grand Orient de FrancePatrick Kessel[20], les récompensant « pour leurs actions contre tous les fondamentalismes religieux et leurs avatars liberticides, ainsi que pour leur engagement face à l’extrême-droite. »

La Tentation obscurantiste obtient le prix du livre politique 2006 de l'Assemblée nationale[21] au premier tour de scrutin, par 80 % des membres du jury composé de journalistes. Le livre pose cette question : « la complaisance voire la fascination pour l'islamisme — une idéologie réactionnaire, intégriste et totalitaire — a-t-elle sa place à gauche ? » Les deux précédents livres de Caroline Fourest, Tirs croisés (coécrit avec Fiammetta Venner) et Frère Tariq étaient finalistes les années précédentes.

Elle continue par ailleurs à étudier l'intégrisme chrétien, notamment dans ses articles de Charlie Hebdo.

En 2007, Caroline Fourest publie un livre intitulé Le Choc des préjugés, dans lequel elle dénonce « l'impasse des postures sécuritaires et victimaires[22] ». La même année, elle prend position contre la loi Hortefeux et l'amendement Mariani sur l’immigration autorisant le recours aux tests ADN et aux statistiques ethniques[23],[24].

En septembre 2009, Caroline Fourest et Fiammetta Venner quittent la rédaction de Charlie Hebdo ; « l’audace se cherche ailleurs »[25], expliquent-elles alors.

Elle est chroniqueuse dans l'édition du samedi du journal Le Monde de 2007 à [26] et pour les radios France Culture[27] et France Inter[28]. Elle anime ensuite, en 2012, 2013 et 2014, la chronique de France Inter Ils changent le monde[29]. Elle participe également, en tant que chroniqueuse, à l'émission de télévision Semaine critique ! (France 2) de septembre 2010 à juin 2011.

Caroline Fourest cosigne avec Antoine Sfeir plusieurs textes dénonçant le « péril islamiste » et elle accuse Reporters sans frontières de soutenir des journalistes tunisiens « de tendance islamiste », « au nom d’une liberté de la presse qui ne devrait connaître aucune frontière, pas même celle de l’incitation à la haine »[30].

Depuis 2011[modifier | modifier le code]

En janvier 2012, Caroline Fourest prend position contre la circulaire Guéant menaçant d'expulsion les étudiants étrangers[31], et elle parraine un de ces étudiants[32].

Elle participe à la création en mars 2012 du Collectif Roosevelt avec l'aide de Stéphane Hessel, Edgar Morin et de nombreux intellectuels et personnalités publiques de la société civile et politique. Ce collectif présente 15 propositions pour éviter un effondrement économique, élaborer une nouvelle société et lutter contre le chômage endémique et créer une Europe démocratique[33].

Fin 2012, elle prépare pour France 2 un documentaire sur les militantes féministes ukrainiennes Femen. Filmant une action militante non autorisée[34] contre une manifestation autorisée de l'Institut Civitas opposée au projet de légalisation du mariage et de l'adoption pour des couples de même sexe, elle a été prise à partie et insultée[35] par des participants au défilé, et affirme avoir été tabassée[36]. À la suite de la plainte qu'elle a déposée, quatre individus ont été placés en garde à vue[37]. L'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (AGRIF), proche de l’extrême-droite, porte également plainte contre les Femen pour « violences aggravées, en réunion, en préméditation, sur mineur de moins de 15 ans, avec armes, et en raison de l’appartenance des manifestants à la religion catholique et injures en raison de l’appartenance des manifestants à la religion catholique », et contre Caroline Fourest pour « complicité de violences aggravées »[38].

Depuis fin 2016, Caroline Fourest écrit une chronique intitulée « Sans détour » dans l'hebdomadaire Marianne[39].

Elle participe ponctuellement en tant qu'invitée à l'émission quotidienne C dans l'air sur la chaine publique France 5.

Engagements[modifier | modifier le code]

Contre les « intégrismes religieux »[modifier | modifier le code]

Pour Laurent Joffrin de Libération, « Caroline Fourest est engagée depuis longtemps dans la lutte contre les intégrismes religieux de toutes obédiences[40] ». Ces prises de position sur le sujet lui valent critiques et parfois haine, « aussi bien à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche […] par ses ennemis [qui la présentent] comme une « laïcarde » de gauche rigide et enflammée »[40].

Tariq Ramadan[modifier | modifier le code]

Caroline Fourest estime que Tariq Ramadan est un représentant de l'intégrisme religieux. Dans le livre qu'elle lui consacre (Frère Tariq, 2004), elle affirme que « son message vise moins à faire connaître l’islam qu’à rendre plus acceptable l’islamisme ». Elle lui reproche de chercher « des journalistes suffisamment naïfs ou complices pour devenir les relais de cette propagande »[41].

Elle affirme notamment qu'il a fait interdire la pièce Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète de Voltaire, en 1993. Tariq Ramadan répond à cette accusation, en la qualifiant de « mensonge éhonté »[42]. Caroline Fourest confirme ses informations et parle de « mauvaise foi, […] de mensonges et de campagnes diffamatoires »[43].

Dans le même ouvrage, elle écrit que le père de Tariq, Saïd Ramadan (l’un des dirigeants des Frères musulmans), qui s’était réfugié en Arabie saoudite, aurait en 1962, supervisé la création de la Ligue islamique mondiale, et que celle-ci a été encouragée pour que les États-Unis comptent sur l’Arabie saoudite « pour combattre le pacte de Bagdad conclu entre Nasser et les Soviétiques »[pas clair][44].

Dénonciation du conspirationnisme[modifier | modifier le code]

Caroline Fourest dénonce régulièrement les « errements » du réseau Voltaire. Avec Fiammetta Venner, elle a consacré un ouvrage aux positions et engagements du réseau Voltaire et de Thierry Meyssan, dont elle souligne la dérive conspirationniste et le rôle de « diplomatie parallèle » au service d'intérêts iraniens, syriens ou chinois[45],[46]. Le réseau Voltaire la qualifie en retour de « porte-parole des thèses néoconservatrices et pro-israéliennes auprès d'une certaine partie de la gauche française »[47]. Caroline Fourest et Fiammetta Venner ont, de leur côté, écrit contre la droite religieuse américaine[48].

Polémiques[modifier | modifier le code]

Autour de la religion et de la laïcité[modifier | modifier le code]

Elle critique, en 2003, le journaliste Xavier Ternisien, à l'époque chargé des questions religieuses au Monde — notamment au sujet de l'islam et de la laïcité[49] —, lui reprochant « sous couvert d'objectivité journalistique » d'avoir pris le parti de « "dédiaboliser" par tous les moyens les penseurs proches des Frères musulmans, comme Tariq Ramadan, et discréditer au maximum les musulmans libéraux et laïques qui s'y opposent »[50]. Ternisien, répondant un peu plus tard à ces critiques, soutient que l'article est une enquête à charge approximative dont les erreurs « feraient honte à un étudiant en première année de journalisme », et s'interroge : « Que se passe-t-il à Pro-Choix ? »[51].

À partir de la publication de Frère Tariq (Grasset, 2004), Caroline Fourest a participé à de nombreuses controverses tenant à la place de l'islam dans la société, et tout particulièrement aux liens entre la mouvance islamiste et des milieux de gauche. Elle souligne à ce titre que c'est après ce livre que ses écrits et ceux de Fiammetta Venner ont commencé à être critiqués par certaines franges de la gauche : « une partie de la gauche séduite par le discours du prédicateur nous lâche. Pour eux, critiquer l’islamisme, c’est trahir la gauche. Le Monde diplomatique ou Politis, qui aimaient bien nos livres, nous dézinguent. Parce qu’on souligne que l’absence de solidarité à gauche fragilise le camp laïc face aux intégrismes musulmans. Je savais que ce serait dur après l’enquête sur Tariq Ramadan, mais je n’imaginais pas un tel enfer »[14].

Sous le titre « Les lauriers de l'obscurantisme », Jean Baubérot, Bruno Étienne, Franck Fregosi, Vincent Geisser et Raphaël Liogier protestent dans Le Monde du contre le prix du livre politique décerné à Caroline Fourest. Selon eux, l'ouvrage primé de Caroline Fourest fait partie du genre littéraire de ceux qui « sous couvert de la "défense des Lumières" de la laïcité, [condamnent] ceux qui refusent de se plier au moule de leurs catégories sectaires [et qui] jettent en pâture des listes de personnes accusées de "trahir les idéaux de la République" et d'être les "faire-valoir du radicalisme islamique" »[52]. Peu après, toujours dans Le Monde, Michael Smadja, professeur de philosophie, soutiendra un avis contraire[53].

Elle dénonce régulièrement le phénomène d'« islamo-gauchisme » et, à ce titre, critique notamment le site internet Les mots sont importants pour ses liens avec les mouvements islamistes au sein des Indigènes de la République[54]. Démentant toute connivence ou complaisance avec l'islamisme[55], Pierre Tevanian, l'un des animateurs du site, accuse de son côté Caroline Fourest d'être « obsédée par l'islam et par l'exclusion des femmes voilées »[56].

En 2009, le journaliste Didier Lestrade reproche au discours de Caroline Fourest d'attiser les peurs et de contribuer à l'essor d'un certain populisme anti-musulman[57], une critique également formulée par l'ancien président de l'Institut des cultures d'IslamHakim El Karoui[58]. En 2012, Caroline Fourest répond :

« de vrais communautaristes homos, Didier Lestrade et quelques militants gays de minorities.org, font de la couture... Pour me tailler un joli costume d'islamophobe dans un livre et une revue à paraître […] Oui parce que pour eux attaquer le sexisme et l’homophobie de l’intégrisme musulman, ou simplement critiquer Tariq Ramadan, c’est être islamophobe. Si vous considérez que les musulmans forment une communauté, forcément, ceux qui critiquent les intégristes attaquent tous les musulmans… Bon là aussi, les gars, vous hiberniez ou quoi ? C’est pas très original de reprendre aujourd’hui les raccourcis malhonnêtes rabâchés depuis la sortie de Frère Tariq par les compagnons de route des Frères musulmans (Les Indigènes de la République, Dieudonné, Boniface et j’en oublie tellement !). Vous n’avez pas d’autres lesbiennes à fouetter[59] ? »

Caroline Fourest et Fiammetta Venner affirment, en 2003, que le mot « islamophobie » « a pour la première fois été utilisé en 1979, par les mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de « mauvaises musulmanes[60]. » Ces propos ont été contestés entre autres par les sociologues Marwan Mohammed et Abdellali Hajjat, qui affirment que le mot « islamophobie » est inconnu en langue persane, et qu'on le trouve dans des ouvrages français dès 1910[61],[62],[63]. Caroline Fourest revient sur l'origine du mot islamophobie : dans le journal Libération en 2013, balayant cette histoire de référence aux mollahs iraniens, l'essayiste écrit « l’important, ce n’est pas de savoir si quelqu’un a parlé d’islamophobie il y a un siècle dans sa salle de bain, c’est le sens de ce mot […] Le mot va gagner parce qu’il est court, parce que personne ne prend le temps de réfléchir à son sens et que celui de "racisme" est devenu ringard »[64] ; et dans son ouvrage l’Éloge du blasphème (Grasset, 2015), où elle soutient que le livre coécrit par Marwan Mohammed et Abdellali Hajjat [n 1] est « très contestable »[65][précision nécessaire].

Esther Benbassa, historienne et sénatrice Europe Écologie Les Verts, accuse Caroline Fourest d'être « un stratège, elle s’est placée du côté des islamophobes pour plaire à la fois à la droite et à une partie de la gauche au nom de la laïcité en jouant la Jeanne d'Arc au visage lisse qui va défendre les femmes contre les horribles musulmans. Ça lui a permis de grimper à toute vitesse les marches de la notoriété. […] Pour elle, les causes c’est du business, Fourest c’est une affairiste qui fait commerce d’idées. C’est une boutique qui marche et qui renouvelle ses articles. Une bonne affaire[66]. » Une accusation d'islamophobie que Caroline Fourest conteste — notamment dans un long entretien donné au journaliste d’Info Halal : « Non, je ne suis pas islamophobe[67] ».

Caroline Fourest critique l'universitaire Raphaël Liogier[68] qu'elle considère comme un « chercheur-militant », en relevant ce qu'elle qualifie de mensonges[69][réf. insuffisante].

En 2016, Philippe Corcuff, du Centre de recherche sur les liens sociaux, écrit[70]:

« La journaliste et essayiste Caroline Fourest a joué un certain rôle dans la légitimation médiatique de stéréotypes islamophobes à partir des années 2000 sous une étiquette « de gauche » se réclamant à la fois du féminisme et de la laïcité [...] Dans certains écrits de Fourest, les stéréotypes islamophobes ne sont pas énoncés d’un seul bloc et de façon complètement constitués, mais dans un mouvement d’amalgames successifs et d’associations lexicales et sémantiques plus soft. »

Accusations de mensonges[modifier | modifier le code]

En juin 2010, Alain Juppé accuse Caroline Fourest d'avoir écrit à propos de « l'affaire Saint-Éloi » un article publié dans Le Monde[71] qui « contient toute une série de contre-vérités ou de mensonges »[72] ; elle conteste le fait que ces écrits seraient mensongers, et déplore que les accusations de contre-vérités ne soient pas étayées par des sources[73].

Pascal Boniface, dans son livre Les Intellectuels faussaires[74], écrit que « Caroline Fourest est au débat intellectuel ce qu’est Marion Jones à l’athlétisme. L’apparence est parfaite, les performances exceptionnelles. Mais heureusement pour Caroline Fourest que le dépistage des “faussaires” est moins bien organisé que les contrôles antidopages. » Il la qualifie également de « sérial-menteuse ». Selon lui, « [l]a grande force de Caroline Fourest est d’enfourcher des chevaux de bataille largement majoritaires dans l’opinion et plus encore parmi les élites médiatiques. Qui oserait se déclarer contre la laïcité, contre l’égalité entre hommes et femmes, pour la répression des minorités sexuelles ou en faveur de l’antisémitisme ? Ce qui pose problème, ce n’est pas ce que Caroline Fourest défend, c’est la façon dont elle le fait. Régulièrement, elle attribue à ses adversaires des positions, sans doute critiquables mais qui ne sont pas les leurs, ou des faits répréhensibles… inexistants. »[75],[76],[77]. Caroline Fourest répond :

« Pascal Boniface […] traite de “faussaires” tous les intellectuels ne partageant pas sa complaisance envers l'islam politique de Tariq Ramadan ou du Hezbollah[78]. »

Lors de l'émission On n'est pas couché de Laurent Ruquier du 2 mai 2015, Aymeric Caron fait référence à la réputation de « menteuse » de Caroline Fourest[1]. Lors de leurs échanges, il lui reproche sa condamnation de novembre 2014 pour diffamation. Caroline Fourest l'insulte, le traitant de « con » et rétorque qu'elle a gagné le procès en appel. Elle précise plus tard que la partie adverse aurait laissé filer le « délai de prescription » et abandonné les poursuites[79]. À l'inverse, l'avocat de la partie civile dément et affirme que l'affaire est toujours en cours, la cour d'appel ne s'étant pas encore prononcée[80],[81]. La semaine suivante, Ruquier déclare qu'à cause de ce qu'il qualifie de mensonge, il n'invitera plus Caroline Fourest dans ses émissions[82]. Dans le cadre de cette affaire elle reçoit le soutien de Mohamed Sifaoui qui critique durement non seulement Aymeric Caron mais aussi Laurent Ruquier et Catherine Barma, la productrice de l'émission[83]. Fin août 2016, Caroline Fourest publie sur son blog que la cour d'appel confirme qu'elle n'a pas menti[84],[85]. Quelques jours plus tard, Aymeric Caron persiste dans sa version et indique qu'« elle a […] menti [ce soir-là] puisqu’elle assurait avoir gagné son procès, alors que les faits ont simplement été prescrits, et la condamnation annulée[86]. »

Le 14 septembre 2015, Caroline Fourest écrit un article intitulé « Les amis intégristes de Jeremy Corbyn » dans le Huffington Post. Elle y écrit :

« C'est chez ses amis de la mosquée de Finsbury, l'une des plus radicales d'Europe, reprise tout récemment aux djihadistes par les Frères musulmans, que Jeremy Corbyn a ses bureaux... Un "endroit merveilleux" à l'entendre[87]. »

Justine Brabant, du site web arrêt sur images, localise les bureaux principaux au 86 Durham Road, à presque un kilomètre de la mosquée[88], et Philippe Bernard, correspondant à Londres pour le quotidien Le Monde, précise que le député tient, dans la mosquée de Finsbury Park, des permanences mensuelles pour les habitants[89]. Ajoutant que le fait de « tenir des permanences dans des mosquées est une pratique courante d’élus britanniques de tous bords », Philippe Bernard rappelle que Jeremy Corbyn a « été l’un des acteurs majeurs de sa déradicalisation et de sa réouverture selon un processus suivi de près par Scotland Yard, après qu’elle eut été fermée en 2003 et son imam Abou Hamza, proche d’Al-Qaida, arrêté pour terrorisme l’année suivante[89] ».

Caroline Fourest a répondu[90] à cette polémique. Fiammetta Venner écrit qu'au sein de cette mosquée, des bureaux sont alloués à Jeremy Corbyn « Jeremy Corbyn y entrepose ses affaires et y reçoit. Il y a des bureaux » ; et elle précise :

« Jeremy Corbyn a choisi son camp : celui des musulmans intégristes. Et son amitié est utile. Lorsque HSBC a décidé de geler les fonds de l'organisation gérant la Mosquée de Finsbury, en raison de ses liens avec le terrorisme, Jeremy Corbyn est monté au créneau pour soutenir ce "lieu merveilleux". Il est vrai qu'il soutient aussi l'association CAGE qui se bat pour soutenir les victimes de l'anti-terrorisme plutôt que celles du terrorisme[91]. »

Y'a bon award[modifier | modifier le code]

En mars 2012, le jury des Indivisibles décerne un Y'a bon award à Caroline Fourest, pour avoir pointé du doigt, en 2010, lors d'un discours à la convention du Parti socialiste pour l'égalité réelle[92], « des associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus lever des fonds pour le Hamas[93]. » Celle-ci proteste en accusant Les Indivisibles de soutenir l'intégrisme religieux[94] et réagit au prix en écrivant que les « “Y’a bon Awards” déshonorent l’antiracisme ». Elle déclare qu'elle a l'intention de porter plainte « pour diffamation et injure, voire pour incitation à la haine[95] »[96].

D'après Pascal Boniface, Fourest n'a toujours pas porté plainte en 2015[92]. Selon lui, « Recevoir une telle distinction était plutôt gênant pour quelqu'un qui s'autoproclamait militant antiraciste. L'humour attaché au prix ajoutait au discrédit. Il fallait donc une riposte à la hauteur »[92]. Le magazine Les Inrockuptibles — pour lequel « Caroline Fourest et Rokhaya Diallo s’affrontent » — donne la parole aux deux personnalités engagées dans le combat antiraciste. Rokhaya Diallo explique : « l’irrévérence est dans la tradition française, le prix les Y’a bon awards, c’est un prix où l’humour et la dérision sont un mode d’action de l’association », il s'agit de « remettre en question une certaine tendance universelle à énoncer des propos maladroits dans la sphère publique ». Caroline Fourest, qui « ne souhaite pas être dénoncée dans son combat pour les droits de la femme et contre les fanatismes », précise : « dans ce contexte, décerner un Y’a Bon Awards accrédite l’idée que je suis raciste et contribue à renforcer la propagande des radicaux et des intégristes qui m’attaquent toute la journée »[96].

En juin 2015, Caroline Fourest est de nouveau distinguée par le jury des Indivisibles qui la gratifie d'un second Y'a bon awards, dans la catégorie « Ils ont bien le droit de fantasmer » pour avoir affirmé sur LCP que, dans « les territoires perdus de la République [des familles], au nom de leurs convictions religieuses, retirent leurs enfants des cours d’histoire quand on enseigne la Shoah »au nom de leurs convictions religieuses retirent les enfants des cours d’histoire quand on enseigne la Shoah »[97]. En réponse à cette seconde récompense, Caroline Fourest rédige sur son blog une note accusant le jury d’être d’une « « mauvaise foi renversante » sur cette question[98] ». L'un des membres du jury des Indivisibles, le chercheur en sciences politiques Julien Salingue[n 2], lui répond, sur son propre blog repris par le magazine en ligne Slate[98].

CSA[modifier | modifier le code]

Durant la crise ukrainienne, Caroline Fourest évoque à plusieurs reprises « trois officiers ukrainiens [dont] les paramilitaires séparatistes venaient [d']arracher les globes oculaires avec un couteau »[100],[101],[102], malgré des doutes exprimés sur la réalité de l'affaire. Le CSA, estimant que l'information « n’avait pas fait l’objet de vérifications préalables suffisantes »[103], rappelle à l'ordre son employeur Radio France. Fourest répondra, sur Le HuffPost, par un article intitulé « À quoi joue le CSA ? »[104].

Décisions judiciaires[modifier | modifier le code]

  • À la suite de la publication du livre Le Guide des sponsors du FN en 1998, Caroline Fourest et Fiammetta Venner sont relaxées pour diffamation mais condamnées à des dommages et intérêts[105] au titre de l'article 1382 du Code civil[n 3]
  • À la suite de la publication de l'ouvrage Marine Le Pen, cette dernière dépose plainte et, le 9 octobre 2012, le tribunal correctionnel de Paris condamne Caroline Fourest, sa co-auteur Fiammetta Venner et son éditeur pour diffamation[107],[108] « pour certains de ses extraits, les relaxant pour les autres. »[109] Caroline Fourest commente et détaille ce jugement dans son blog, le 19 octobre 2012, ainsi que les raisons qui les ont poussées à ne pas faire appel[108]. Le livre continuera néanmoins à être publié sans les passages diffamatoires. Par la suite, la version en poche, intitulée Marine Le Pen démasquée, revue et augmentée, est publiée[108][réf. insuffisante].
  • Le 23 octobre 2014, Caroline Fourest est condamnée en première instance par la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris pour avoir diffamé une jeune fille musulmane voilée, Rabia Bentot, victime d'une agression à Argenteuil. Lors de sa chronique du 25 juin 2013 sur France Culture, elle avait mis en doute la véracité de l'agression et jeté la suspicion sur la famille de la victime, en « l'absence totale de base factuelle à cette imputation » selon le tribunal[110],[111]. Caroline Fourest fait appel, et en août 2016, la cour d'appel rend sa décision : constatant que les diligences de Rabia Bentot après la signification d'appel sont « largement postérieures au délai de trois mois dont dispose l'article 65 de la loi 29 juillet 1881 », et donc qu'est acquise la prescription de l'action de la plaignante, cette dernière est déboutée de ses demandes et est condamnée à payer 4 000 € à Caroline Fourest au titre de l'article 700 du code de procédure civile français[84],[85].
  • Le 31 mai 2016, Hicham Hamza, auteur du site conspirationniste[112],[113],[114]Panamza.com, est condamné en diffamation pour avoir traité Caroline Fourest de « désinformatrice » sur la base d'une séquence de son film Les Obsédés du complot. Sur son blog, il avait accusé Caroline Fourest d'avoir tronqué le sous-titrage d'un dialogue dans son reportage sur les réseaux complotistes mais la cour a admis l'explication de la journaliste qui indiquait que la mauvaise retranscription relevait « d'une erreur de sa monteuse lors du montage du documentaire »« en raison des propos « confus » et « inaudibles » ». Deux autres responsables de site qui ont relayé cet article sont condamnés (Zouhair Amri d'Oumma.com et Alain Soral d'Égalité & Réconciliation)[115],[116].

Publications[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Le Guide des sponsors du Front national et de ses amis, Paris, Éditions Raymond Castells, 1998 (ISBN 978-2-912587-00-8)
  • Avec Fiammetta Venner, Les Anti-pacs ou la dernière croisade homophobe, Paris, Éditions Prochoix, 1999 (ISBN 978-2-913749-00-9)
  • Foi contre choix : La droite religieuse et le mouvement Pro-life aux États-Unis, Villeurbanne, Éditions Golias, « Les enquêtes de Golias », 2001 (ISBN 978-2-911453-78-6)
  • Avec Fiammetta Venner, Tirs croisés : La laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman, Paris, Calmann-Lévy, , 425 p.(ISBN 9782702133040) ; rééd. Librairie générale française, « Le Livre de poche », 2005 (ISBN 978-2-253-11437-6)
  • Frère Tariq. Discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan, Paris, éditions Grasset, Paris, 2004 (ISBN 978-2-246-66791-9) ; rééd. revue et augmentée, sous le titre Frère Tariq. Le double discours de Tariq Ramadan, « Le livre de poche », 2010 (ISBN 978-2-253-15612-3)
  • Face au boycott. L’entreprise face au défi de la consommation citoyenne, Paris, éditions Dunod, 2005 (ISBN 978-2-10-048936-7)
  • La Tentation obscurantiste, Paris, éditions Grasset, Paris, 2005 (ISBN 978-2-246-69194-5) — prix Jean-Zay 2006
  • Le Choc des préjugés. L’impasse des postures sécuritaires et victimaires, Paris, éditions Calmann-Lévy, 2007 (ISBN 978-2-7021-3533-4)
  • Avec Fiammetta Venner, Les Nouveaux Soldats du pape. Légion du Christ, Opus Dei, traditionalistes, Édition du Panama, 2008 (ISBN 978-2-7557-0259-0) ; rééd. revue et augmentée, sous le titre Les Nouveaux Soldats du Vatican. Opus Dei - Légion du Christ - Traditionalistes, « Le livre de poche », 2011 (ISBN 978-2-253-15618-5)
  • La Dernière Utopie. Menaces sur l’universalisme, éditions Grasset, 2009 (ISBN 978-2-246-70971-8)
  • Avec Taslima Nasreen, Libres de le dire, Flammarion, 2010 (ISBN 978-2-08-123300-3)
  • Les Interdits religieux, en collaboration avec Fiammetta Venner, éditions Dalloz, 196 pages, avril 2010 (ISBN 978-2-247-08415-9)
  • Avec Fiammetta Venner, Marine Le Pen, Paris, éditions Grasset et Fasquelle, 2011 ; rééd. revue et augmentée, sous le titre Marine Le Pen, démasquée, « Le livre de poche », 2012 (ISBN 978-2-253-15635-2)
  • Avec Jean-Christophe Chauzy, La Vie secrète de Marine Le Pen, Drugstore, 2012 (ISBN 978-2-7234-8714-6) — bande dessinée
  • Quand la gauche a du courage, éditions Grasset et Fasquelle, 2012 (ISBN 978-2-246-80272-3)
  • Libre chercheur d'Étienne-Émile Baulieu, entretiens avec Caroline Fourest, éditions Flammarion, 2013 (ISBN
Caroline Fourest en 2011 à l'Université de la Terre.
Pour les articles homonymes, voir Minc.

Alain Minc, né le dans le 19e arrondissement de Paris, est un conseiller politique, économiste, essayiste et dirigeant d'entreprise français. Il est actuellement président d'AM conseil et de la SANEF, l'une des trois principales sociétés autoroutières françaises, après avoir été plusieurs années membre du conseil d'administration d'une société concurrente, Vinci. Il est aussi membre du conseil d'administration de Prisa, CaixaBank, Fnac, Poweo Direct Énergie, Ingenico et Yves Saint Laurent[1].

Formation[modifier | modifier le code]

Il est fils de Joseph (1908-2011) et Lisa, née Bogacz. Son père, prothésiste-dentaire de formation, né au sein de la communauté juive de Brest-Litovsk, adhère au Parti communiste polonais, alors formation politique clandestine et choisit l'exil en France, du côté de Bordeaux, pour passer son diplôme de dentiste. Rattrapé par la guerre, menacé d'être déporté, il combat pendant l'occupation au sein des FTP-MOI[2]. En 1947, Joseph, devenu dentiste diplômé d'État, et son épouse Lisa, tous deux naturalisés français, s'installent rue Chapon : c'est là que le petit Alain passe son enfance[3]. Joseph quittera le Parti communiste en 1967.

Élève au lycée Turgot, puis en classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand[4], Alain Minc est ingénieur diplômé de l'École nationale supérieure des mines de Paris (promo 1968)[5], diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris (promo 1971), puis de l'École nationale d'administration (promo 1975), d'où il sort major[6] de la promotion Léon Blum pour la voie d'administration économique.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Alain Minc intègre l'Inspection générale des finances. Il se fait connaître par le rapport Nora-Minc sur l'informatisation de la société, qui introduit le néologisme télématique.

Il démissionne de son corps pour rejoindre Saint-Gobain en 1979. Roger Fauroux lui confie la direction financière. Il s'occupe alors, en liaison avec le DGA Francis Mer, de prises de participation de l'entreprise dans l'industrie informatique, et de l'achat par Saint-Gobain de 33% du capital d'Olivetti, dirigé par l'homme d'affaires Carlo De Benedetti. L'objectif est de rapprocher, voire de fusionner, CII-HB (Bull) et Olivetti. Alain Minc sera brièvement DGA et directeur financier de CII-HB en 1981, mais il revient rapidement à Saint-Gobain lorsque le gouvernement oblige Saint-Gobain à sortir de l'industrie informatique. Il intègre entre-temps la (première) promotion 1981 des « Young Leaders » de la French-American Foundation[7]. En 1983, Alain Minc prône la prise de contrôle de la Compagnie Générale des Eaux.

Il quitte Saint-Gobain en 1986 pour travailler avec Carlo De Benedetti et devient administrateur-directeur général de Cerus. Alain Minc est alors « le principal instigateur de la célèbre et calamiteuse OPA sur la Société générale de Belgique, en janvier 1988 », qui débouche sur « un désastre financier »[8]. Carlo de Benedetti le congédie de Cerus en avril 1991. Il est également membre de conseils d'administration de plusieurs autres sociétés dont Valeo.

Président, depuis 1985, de la Société des lecteurs du journal Le Monde, il est président du conseil de surveillance de la SA Le Monde de 1994 à 2008.

Cette ubiquité lui a parfois été reprochée. Ainsi Gérard Mestrallet, PDG de Suez, le rémunérait alors qu'Alain Minc conseillait Albert Frère qui tentait de destituer Mestrallet. De plus le directeur général de Vinci Xavier Huillard l’a démis du conseil d’administration en janvier 2007, réalisant que Minc conseillait François Pinault, qui préparait une attaque contre le groupe de BTP. Selon Libération, Minc voulait se venger de Huillard qui avait démis son ami Antoine Zacharias l'année précédente[9].

Il est ou a été membre de plusieurs groupes de réflexion influents, comme la défunte Fondation Saint-Simon dont il fut le trésorier[10] ou le club le Siècle. Publiant environ un livre par an, il est un conseiller sollicité par les principales entreprises françaises. Administrateur de nombreuses sociétés, il traite d'économie comme du discours de communication avec sa société AM Conseil[11].

À l'ouverture de Direct 8, ancienne chaîne de la TNT devenue D8, Alain Minc devient éditorialiste de l'émission intitulée Face à : Alain Minc animée par Guillaume Klossa. En janvier 2007, il devient l'animateur de cette émission. En janvier 2008 lors d'une de ces émissions il déclare, en pleine crise des subprimes aux États-Unis, que le marché financier, sans qu'il ait d'organes apparents de régulation, est très bien régulé, que l'empirisme prévaut et que l'économie mondiale est plutôt bien gérée[12].

Proche de Nicolas Sarkozy, il indique au Grand Journal de Canal+ le être de ceux qui ont suggéré la suppression de la publicité sur les chaînes publiques[13].

Il exerce la présidence du conseil d'administration de Sanef (Société des Autoroutes du Nord et de l'Est de la France) à partir du 1er janvier 2012[14],[15]. Il avait été auparavant un partisan de la privatisation des autoroutes françaises[16].

Il a soutenu François Mitterrand aux élections présidentielles de 1974, 1981 et 1988, Édouard Balladur au premier tour puis Lionel Jospin au second tour[17] de celle de 1995, François Bayrou à celle de 2002 et Nicolas Sarkozy lors de celles de 2007 et de 2012[18],[19]. Pour l'élection présidentielle de 2017, il soutient Alain Juppé jusqu'à sa défaite à la primaire des Républicains puis Emmanuel Macron[20], car il juge positif que celui-ci soit « partisan d’une construction européenne avec des abandons de souveraineté »[21].

Récompenses[modifier | modifier le code]

Alain Minc a été promu commandeur de la Légion d'honneur[22], dont il est membre depuis 1994[23], en janvier 2008, sur le contingent du ministère de la Culture et de la Communication.

Polémiques[modifier | modifier le code]

Condamnations judiciaires pour plagiat[modifier | modifier le code]

Alain Minc a été condamné le par le tribunal de grande instance de Paris à verser 100 000 francs (environ 15 000 euros) à titre de dommages et intérêts pour plagiat, reproduction servile et contrefaçon, pour son ouvrage intitulé Spinoza, un roman juif, dont le tribunal a statué qu'il était une contrefaçon partielle de l’ouvrage Spinoza, le masque de la sagesse de Patrick Rödel[24],[25] publié en 1997.

Il est poursuivi en 2013 pour contrefaçon par Pascale Froment, journaliste et auteur d'une biographie de René Bousquet qui l'accuse d'avoir plagié son livre à « grande échelle » (300 passages)[26],[27]. Pour sa part, Alain Minc nie toute utilisation d'un « nègre » et avance qu'il n'a profité que de l'aide d'un « documentaliste »[28]. Il est condamné en référé, le 2 juillet 2013, avec son éditeur, à verser à Pascale Froment 5 000 euros de dommages et intérêts et 6 000 euros de frais de justice ; l'éditeur doit également retirer les exemplaires de la vente, pour les remplacer par d'autres, où un résumé du jugement sera inséré[29].

Controverse liée à la gouvernance du journal Le Monde[modifier | modifier le code]

Le 28 juin 2007 lors du renouvellement de la présidence du conseil de surveillance, Claude Perdriel déclare réélu Alain Minc, alors que ce dernier a obtenu 10 voix « pour » sur 20 (sept « contre » et trois abstentions), au mépris des statuts du groupe selon la Société des rédacteurs du Monde[30]. Les membres de la SRM critiquent la proximité affichée d'Alain Minc avec le président de la République Nicolas Sarkozy. L'influence en coulisses de Minc avait été critiquée dans le livre Petits conseils de l'ancien journaliste du MondeLaurent Mauduit, qui, selon Denis Sieffert s'était vu empêcher la parution d'un article sur une opération conseillée par Alain Minc[31]. Le 25 juillet, cinq sociétés du personnel du quotidien ont engagé une médiation judiciaire pour obtenir le retrait d'Alain Minc. Il a annoncé le 15 octobre 2007 son intention de quitter à la fin mars la présidence du conseil de surveillance du journal Le Monde.

Il est accusé par la Société des Rédacteurs du Monde, rejointe par les syndicats CGT et SNJ, d'avoir précipité la crise amenant à la démission du nouveau président du directoire Pierre Jeantet afin de précipiter une recapitalisation du groupe au profit de Lagardère SCA, dont il est le conseiller[32]. Il quitte la présidence du conseil de surveillance le 11 février 2008 et est remplacé par Louis Schweitzer.

Polémique à la suite de ses déclarations sur Benoît XVI[modifier | modifier le code]

Le 25 août 2010, faisant suite aux déclarations du pape Benoît XVI ayant été interprétées comme une critique de la politique de destruction de camps et d'expulsions de Roms menée par le gouvernement français depuis plusieurs semaines, Alain Minc déclare sur France Inter : « Si vous me permettez de faire un petit hold-up d'antenne [...] J'ai envie d'exploser un peu. Ce pape allemand ? Parler comme il a parlé ? En français ? [...] Son insensibilité qu'on a mesurée quand il a réinstallé un évêque révisionniste, son insensibilité à l'histoire, dont il est comme tous les Allemands un héritier [...] On peut discuter (de) ce que l'on veut sur l'affaire des Roms, mais pas un pape allemand. [...] Jean-Paul II, peut-être, pas lui. [...] Quand je vois les exégètes de la presse de gauche [...] lever leur chapeau en approbation aux propos du pape le plus réactionnaire que l'on ait connu [...], ça me trouble un peu. Pas lui — lui vise le pape — Pas ça, pas comme ça. Un autre, oui, mais pas lui. »[33]

Outre l'ancienne ministre Christine Boutin, les députés Yannick Favennec et Christian Vanneste ont aussitôt dénoncé ces propos et demandé sa démission de conseiller officieux de la présidence de la République.

Critiques[modifier | modifier le code]

Alain Minc est l'une des personnalités critiquées par le film documentaire français sorti en janvier 2012 : Les Nouveaux Chiens de garde, lui-même tiré de l'essai éponyme de Serge Halimi paru en 1997, qui explore les collusions entre les médias français et les pouvoirs politique et économique français.

Le film montre notamment un extrait de l'émission Face à Minc présentée par Alain Minc sur la chaîne Direct 8, le 5 janvier 2008. Il y déclare notamment : « Ce que je voudrais quand même ajouter [...], c'est quand même l'incroyable plasticité du système. Parce que, on nous aurait dit que, au fond, le système financier serait régulé avec un doigté tel qu'il évitera une crise qui aurait pu être quand même de l'ampleur des très grandes crises financières qu'on a connues dans le passé... C'est quand même un univers, au fond, qui est très résilient, qui finalement, sans qu'il y ait d'organe apparent de régulation, très bien régulé. [...] L'économie mondiale est plutôt bien gérée »[34]. Neuf mois plus tard, la crise des subprimes déclencha la crise bancaire et financière de l'automne 2008.

Alain Minc est une cible récurrente du mensuel Le Monde diplomatique[35], et de l'association française, et de gauche antilibérale, de critique des médias, Acrimed[36].

En mai 1995, lors du débat de l'entre-deux-tours opposant Lionel Jospin et Jacques Chirac, le candidat socialiste (Lionel Jospin) fait remarquer à son adversaire qu' : « Alain Minc a été longtemps conseiller de Balladur, et que pourtant, il a annoncé qu'il votait pour moi, il est libre comme citoyen, mais il n'est pas du tout mon conseiller. » Cette déclaration lui attire la réponse lapidaire de Jacques Chirac : « Alain Minc, je vous le laisse. »

Prises de position et analyses[modifier | modifier le code]

Il considère le « métier politique » insuffisamment rémunéré et suggère de le réévaluer, pour les parlementaires, à 10.000 euros mensuels[37].

Il soutient le projet européen et le traité de Maastricht.

Le 25 octobre 2016, il annonce dans L'Express que « Mme Clinton sera élue - Dieu merci - en faisant de la politique classique »[38].

Associé à l'élitisme et au politiquement correct, il reconnaît lui-même qu'« il y a deux expressions qui me poursuivront jusqu'au bout : le cercle de la raison et la mondialisation heureuse »[2].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Alain Minc est marié et père de trois enfants.

Autres mandats[modifier | modifier le code]

  • Membre du Conseil d'administration de la Digital New Deal Foundation, organisme de réflexion sur l'avenir numérique européen[39].

Publications[modifier | modifier le code]

  • L’informatisation de la société, avec Simon Nora, rapport au président de la République, La Documentation française, Paris 1978 ; également publié au Seuil, Paris, 1978, (ISBN 978-2-02-004974-0)
  • L’Après-crise est commencé. Gallimard, 1982.
  • L’Avenir en face. Seuil, 1984.
  • Le Syndrome finlandais. Seuil, 1986.
  • La Machine égalitaire. Grasset, 1987.
  • La grande illusion. Grasset, 1989.
  • La Vengeance des nations. Grasset, 1990.
  • L’Argent fou, Grasset, 1990
  • Français, si vous osiez. Grasset, 1991.
  • Le Média choc. Grasset, 1992
  • Le Nouveau Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1994
  • La France de l'an 2000 (rapport au premier ministre de la commission présidée par Alain Minc), éditions Odile Jacob, 1994
  • Deux France ?, avec Philippe Séguin et Éric Laurent, Plon, 1994
  • Contrepoints. Librairie générale française, 1994-2002
  • L’Ivresse démocratique, Gallimard, 1994
  • Louis-Napoléon revisité. Gallimard, 1996
  • Antiportraits. Paris, Gallimard, 1996
  • La Mondialisation heureuse. Plon, 1997
  • Au nom de la loi. Gallimard, 1998
  • Spinoza : un roman juif. Gallimard, 1999
  • www.capitalisme.fr. Grasset, 2000
  • Le Fracas du monde : Journal de l'année 2001, Seuil, 2002
  • Épîtres à nos nouveaux maîtres. Grasset, 2002
  • Les Prophètes du bonheur : une histoire personnelle de la pensée économique, Grasset, 2004, prix du livre d'économie
  • Ce monde qui vient. Grasset, 2004
  • Le Chômage, à qui la faute ? avec Nicolas Baverez, Jean-Baptiste de Foucauld et Alain Houziaux, éditions de l'Atelier, 2005
  • Le Crépuscule des petits dieux, Grasset, 2005
  • Une sorte de diable : les vies de John Maynard Keynes, Grasset, 2007
  • Une histoire de France, Grasset, 2008
  • Dix Jours qui ébranleront le monde, Grasset, 2009
  • Une histoire politique des intellectuels, Grasset, 2010
  • Un petit coin de paradis, Grasset, 2011
  • L’Âme des nations, Grasset, 2012
  • L’Homme aux deux visages. Jean Moulin, René Bousquet, itinéraires croisés, Grasset, 2013
  • Vive l’Allemagne !, Grasset, 2013
  • Le Mal français n’est plus ce qu’il était, Grasset, 2014
  • Un Français de tant de souches, Grasset, 2015
  • Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur, Grasset, 2017
  • Une humble cavalcade dans le monde de demain, Grasset, 2018, 198 p.

Ouvrages sur Alain Minc[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ↑Biographie d'Alain Minc sur Forum-Events
  2. a et bAnne Fulda, « Alain Minc, rageusement modéré », Le Figaro, encart « Le Figaro et vous », samedi 8 / dimanche 9 avril 2017, page 36.
  3. ↑Joseph Minc, L'extraordinaire histoire de ma vie ordinaire, Paris, Le Seuil, 2006, pages 54, 152 — (ISBN 978-2020893237).
  4. ↑« ALAIN MINC, L'AMI A TOUT FAIRE », LExpansion.com,‎ (lire en ligne)
  5. Annuaire des Mines (Paris - Saint-Étienne - Nancy), publié chaque année par l'Association amicale des anciens élèves de l'École nationale supérieure des mines de Paris. Cet annuaire est disponible au secrétariat de l'association, 60 boulevard Saint-Michel - 75272 Paris cedex 06 - Tél. : 01 46 33 23 50.
  6. ↑Selon Alain Minc dans Masse critique sur France Culture le .
  7. ↑(en)« Past Classes », sur French American Foundation,
  8. ↑De Benedetti poursuit en justice les « bonnes » affaires d’Alain Minc et Pierre Bergé, David Dufresne, Laurent Mauduit, 15 janvier 2008
  9. Confit d'intérêts, Nicolas Cori, Libération, 29 juin 2007, http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/264146.FR.php
  10. ↑La Fondation Saint-Simon
  11. ↑Voir http://www.lentreprise.com/article/3.1209.1.245.html, http://www.lexpansion.com/art/6.0.116002.0.html et http://www.lexpansion.com/art/6.0.112252.0.html.
  12. ↑Émission Face à Alain Minc diffusée le 8 janvier 2008 sur Direct8.
  13. ↑Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, « Et Sarkozy zappa la pub de la télévision publique », Le Monde, 12/02/2008, lien internet consulté le 18 mai 2012.
  14. ↑Communiqué de presse de Sanef du 14/12/2011, http://www.sanefgroupe.com/fr_instit/content/download/147940/1200872/file/CPSANEF-2011-14-12-Nomination-nouveau-president.pdf
  15. ↑De l’autoroute publique aux péages privés, monde-diplomatique.fr, juillet 2012
  16. ↑Le scandale des péages privatisés, marianne.net, 10 août 2013
  17. ↑« Alain Minc votera Jospin », humanite.fr, 25 avril 1995.
  18. ↑Thibaud Le Meneec, « Le soutien d'Alain Minc à Emmanuel Macron raillé de toutes parts », lejdd.fr, 22 janvier 2017.
  19. ↑Alain Minc, interviewé par Arnaud Viviant, « Pour qui votez vous Alain Minc ? », revuecharles.fr, été 2017.
  20. ↑Christine Ollivier et Anna Cabana, « Alain Minc : "Je vais voter Macron" », lejdd.fr, 21 janvier 2017.
  21. ↑Alain Minc : "Je vais voter Macron", lejdd.fr, 22 janvier 2017
  22. ↑Légion d'honneur : enfin une vraie parité hommes-femmes
  23. ↑Décret du 31 décembre 1993 portant promotion et nomination à titre exceptionnel
  24. ↑« Le PPA frappé au cœur », PLPL, février 2002
  25. ↑Emmanuel Lemieux, « Dévastatrices, les rumeurs de plagiat », L'Express,‎ (lire en ligne)
  26. ↑Alain Minc poursuivi pour plagiat d'un livre sur René Bousquet, lemonde.fr, 11 juin 2013
  27. ↑Alain Minc encore accusé de plagiat, Quentin GIRARD, Libération, 11 juin 2013
  28. ↑Alain Minc répond aux accusations de plagiat, Charles Jaigu, lefigaro.fr, 13 juin 2013
  29. ↑Alain Minc condamné pour plagiat, Françoise Dargent, Le Figaro.fr, 2 juillet 2013
  30. ↑D'un revers de Minc, Catherine Mallaval et Olivier Costemalle, Libération 29 juin 2007
  31. Le système Minc, Denis Sieffert, Politis, 26 avril 2007, page 25
  32. ↑Ghislaine Buffard, « SNJ et CGT réclament le départ immédiat de Minc », Nouvelobs.com, (consulté le 16 janvier 2008)
  33. ↑Les propos d'Alain Minc sur le pape font bondir les catholiques, Le Monde.fr, 26 août 2010
  34. ↑Six extraits commentés des Nouveaux Chiens de garde – Les Nouveaux chiens de garde, extrait 3 - Face à Minc, vidéo commentée par Yannick Kergoat et Gilles BalbastreTélérama, 6 janvier 2012
  35. ↑Alain Minc sur Le Monde diplomatique, journal de la gauche antilibérale, Le Monde diplomatique
  36. ↑Alain Minc sur AcrimedAcrimed
  37. ↑« Alain Minc a osé une défense hasardeuse dans l'affaire Fillon », sur Le Huffington Post(consulté le 4 février 2017)
  38. ↑Jean-Baptiste Noé, « Spécialistes, experts. La défaite de la pensée », Conflits, no 12, janv.-mars 2017, p. 75.
  39. ↑« Conseil d'administration », sur The digital new deal foundation(consulté le 8 décembre 2015)

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